Interview de P.E.Serpieri par le magazine Bodoï en mars 1999...
Bodoï: Vous êtes né un 29 février à Venise, vous êtes donc un jeune homme de 12 ans... P.E.Serpieri: Oui, vous voyez, je suis une sorte de petit prodige...(rire) Bodoï: Quelle importance revêt la BD dans votre oeuvre? P.E.Serpieri: La BD est aujourdhui ma principale activité, une recherche continue et une grande passion, celle de raconter des histoires conjugant images et littérature. Mais jai enseigné le dessin, la fresque et la peinture pendant des années. Jai surtout consacré mes débuts à la recherche en peinture dans un registre figuratif et expressioniste, avec mon maître Renato Guttuso. Puis, afin de sortir de ce piège, jai eu recours à de nouvelles matières, ce qui ma amené jusquà labstraction. Cest alors que jai vraiment senti le besoin de raconter, de mettre en scène des corps, doù le recours à lhyperréalisme. Cest vers 1975 que des éditeurs mont proposé de faire de la BD. Javais à cet égard beaucoup de préjugés, puis je me suis rendu compte quil y avait des très grands auteurs en bande dessinée comme Pratt ou encore lArgentin Salinas. Bodoï: Cest donc une passion plutôt tardive? P.E.Serpieri: Non : les westerns, très tôt, mont amené à la BD. Avec mon frère, jessayais de revivre à la maison la magie de ce genre de films en les redessinant, en ajoutant dautres personnages, en fouillant leur personnalité. Mais pour moi, il ny a pas de compétition entre le cinéma et la BD : la bande dessinée, cest de la littérature en images, exercice presque impossible à réaliser au cinéma... Bodoï: Quel est le rapport avec Druuna? P.E.Serpieri: LIndien représentait pour moi lAlien, lautre, avec ses mystères à déchiffrer... et jéprouve encore une véritable fascination pour les grands espaces et les scènes de batailles traitées à la Remington. Avec la science fiction, dans Morbus Gravis, je retrouve un peu de cet envoûtement à légard de linconnu, de la frontière... et avec Druuna, la fascination pour lAutre... Bodoï: Vous parliez de littérature. Qui sont les auteurs cités dans Druuna X2? P.E.Serpieri: Ce sont des poètes français du XVIIIe siècle, époque qui marque lapothéose du libertinage. Poupelinière, par exemple, est un grand auteur qui me permet dévoquer lérotisme contemporain avec une connotation un peu aristocratique. Druuna y a sa place : figure emblématique de lérotisme actuel, elle est aussi intemporelle, comme le plaisir. Bodoï: Vous êtes un aristocrate de la BD? P.E.Serpieri: Franchement, je madresse ici à un public raffiné recherchant des plaisirs cérébraux. La littérature érotique est par nature très cérébrale et elle sadresse avant tout à lindividu. Même quand elle a un simple rôle de communication, elle constitue un rapport de personne à personne, individualiste, donc en définitive élitiste. Bodoï: Le cycle Druuna sest vendu à environ 1 million dexemplaires, ny a-t-il pas là une contradiction? P.E.Serpieri: Disons quà travers des livres comme Druuna X et Obsession, je cherche un public différent pour qui le texte est aussi important que limage. La littérature donne une dimension presque musicale à ces livres où limage nest pas forcément exactement en rapport avec le texte... Mettre au plus beau du beau lérotisme, cest en faire une sorte dopéra, lui donner un contrepoint tonal... Bodoï: Druuna, cest plutôt votre côté fanfare et majorettes? P.E.Serpieri: Disons que Druuna est un personnage excessif, notamment à cause de sa poitrine, mais la BD est aussi un art de lexagération et Druuna représente pour moi la Femme en général. Si les livres de Druuna X plaisent à 20 % des lecteurs de Druuna, ce sera déjà pas mal, en tout cas, je ne veux pas me trahir. Si je réfléchis à ce que veut le lecteur, cela devient une commande et je suis profondément allergique à cela. Bodoï: Vous navez jamais travaillé sur commande? P.E.Serpieri: Si, quand jai débuté en BD, je travaillais avec différents scénaristes, mais ils changeaient tout le temps, et jentrais souvent en conflit avec eux. A partir des années 80, jai commencé à travailler seul et depuis Druuna, plus personne ne me fait de propositions. Léditeur italien Bonelli, chez qui jai débuté et qui fait surtout travailler ses auteurs en studio, voudrait me faire refaire un western, mais les scénarios sont très rigoureux et je my sens à létroit. Reste que si quelquun me propose un beau texte... Bodoï: Qui pourrait vous faire un scénario aujourdhui? P.E.Serpieri: Difficile à dire. Pour le Far West, je pense à un grand fumettiste italien du nom de Gianfranco Berardi. Jodorowsky est un peu trop mystique pour moi, mais il y a Moebius... En fait, je suis très individualiste et je naime pas la sève des autres. Bodoï: Qui sont vos amis dans la BD? P.E.Serpieri: Je me sens proche de créateurs tels que Druillet ou Bilal, ils sont ma vraie famille.En Italie, je fréquente certains dessinateurs de Rome où jhabite, mais il y a dans ce pays un sérieux conflit entre la BD populaire et la BD dauteur. Certains fumettistes ont une forme de paranoïa et envient mes privilèges dauteur. Je suis entré par la grande porte dans la BD, je nai jamais été obligé de me justifier, que ce soit auprès des auteurs, des lecteurs ou des critiques. Et mon personnage mappartient, jen fais ce que je veux à mon rythme. Bodoï: Vous avez, dit-on, horreur dêtre comparé à Milo Manara ou même den parler... P.E.Serpieri: Comment dites-vous ? Manara? (rire). Non, je plaisante : Milo fait une BD très raffinée, je laime beaucoup, japprécie son érotisme et son trait, je le lis volontiers, mais jai pris une autre direction. La femme mintéresse pour beaucoup plus de raisons que lui, je suis plus proche du corps de la femme, de sa chair, de ses rondeurs, de son cul... Je travaille plus sur lélément sculptural, les volumes, les sens et les sensations. Manara a un dessin peut-être plus beau mais plus plat. Bodoï: Et Liberatore? P.E.Serpieri: Je réfute totalement que le plaisir ait partie liée avec le péché, cest même un véritable combat que je mène. A la différence de Liberatore, je ne suis pas sexuellement stimulé par les odeurs de sacristie! Liberatore est un grand illustrateur que je respecte, il a contribué à élever le niveau de la BD, mais côté scénario, ses arguments sont un peu gamins. Bodoï: Rappelez-moi... vous navez pas dessiné la Bible pour les Editions Larousse? P.E.Serpieri: Si, mais je suis aussi un professionnel et cétait une commande. Dautre part, jai un grand respect et une réelle fascination pour la figure de Jésus Christ, qui est parmi les plus belles, fortes et émouvantes de lhistoire de lhomme. Mais je suis totalement agnostique. La Bible est amusante, cest un monde aventureux que jai aimé recréer, mais cette histoire restera une parenthèse dans ma vie. Bodoï: Que jugez-vous vulgaire ? P.E.Serpieri: Lesprit obtus et le moralisme. La représentation du sexe na rien de vulgaire sauf quand le sexe est mythifié, que lacte est parfait, épuré, joli, ou sil est lié à la violence. La pornographie, représentation répétitive dactes sexuels dans leur continuité, est barbante mais pas vulgaire. Reste quen Italie, la vulgarité, pour moi, cest surtout la prévarication. Bodoï: Le sexe vous a rendu riche ? P.E.Serpieri: (Rire) Ça, cest une question vulgaire. Je vis bien, mais je ne fais pas ce que je fais pour largent, ce nest pas mon moteur. Bodoï: Vous avez eu des moments difficiles avec la censure? P.E.Serpieri: Oui, en France, quand mon éditeur Dargaud a été vendu à Média Participation, son catalogue Image Passion dont je faisais partie a été négocié à un autre éditeur parce que les repreneurs trouvaient que son contenu nétait pas conforme à leur éthique, et Druuna sest arrêté. A la même époque, dans Charlie-Pilote qui me publiait, le deuxième Druuna sest interrompu parce quon voulait censurer certaines images. Je leur ai dit daller se faire foutre et je suis parti ; il y a eu trois pages blanches dans le journal avec la mention censuré . Jai aussi des problèmes aux Etats-Unis : quand un sexe dhomme est représenté, on le cache derrière une bulle car cest assimilé à de la pornographie. Bodoï: On rapporte que la saga Druuna est née dun cauchemar... P.E.Serpieri: Exact, et au sens propre : dans ce rêve, je me trouvais dans une grande salle, un grand espace plein de détritus, avec des escaliers en colimaçon qui descendaient vers une sorte de cité souterraine doù sortaient des êtres monstrueux et des cris terrifiants. Il y avait une grande verrière qui mempêchait de remonter vers lextérieur. Des monstres apparemment immobiles sapprochaient insensiblement de moi. Cétait une sensation terrible. Jai eu alors lidée de raconter lhistoire dune ville qui aurait plusieurs niveaux, avec en bas lenfer peuplé de monstres et en haut une sorte de paradis représentant le salut. Le personnage féminin ne devait pas être le personnnage principal, mais Druuna a pris le pouvoir et a fini par simposer. Bodoï: Elle nest pas devenue un peu encombrante ? P.E.Serpieri: Oh ! Parfois, on se fâche un peu, elle crée des problèmes avec ma compagne, mais cest une intrigante qui reste dans mon dos à me regarder vivre. Bodoï: Elle peut vieillir? P.E.Serpieri: Cest un grand problème en bande dessinée. Crépax la fait pour Valentina, mais avec Druuna, ce serait dommage... Inutile de renchérir sur la réalité... Bodoï: Il semble que Druuna existe réellement? P.E.Serpieri: Je naime pas en parler. Si on lit cette interview en Italie, ça pourrait me poser des problèmes personnels, et je nen ai pas du tout envie. Disons que ce fut une rencontre très belle mais frustrante. Bien sûr, je me retourne volontiers dans la rue pour regarder une chute de reins - cest la partie de lanatomie que je préfère et de loin - mais jétais en train de regarder une vitrine, via del Corso à Rome, quand elle est passée. Jai vu le reflet de son visage, jen suis resté stupéfait. Elle avait un très beau corps dans une petite robe légère, très étroite et fluide, elle avait les yeux noirs. Immédiatement, jai voulais revoir ce visage apparu dans la vitrine. Mais je me suis rendu compte que je nétais pas seul, quil y avait plein de types qui la suivaient déjà... Bodoï: Que signifie le nom de Druuna? P.E.Serpieri: Cela vient de livres sur les Celtes que je lisais à cette époque. Une de ces tribus sappelait les Druuni. Jai trouvé intéressant le paradoxe entre la réalité de Druuna et le souvenir de ce monde antique. Son nom évoque aussi la lune, les dunes, les brunes. Et jaime beaucoup les brunes... Bodoï: Et Shaastar? P.E.Serpieri: Son nom vient aussi de lhistoire celtique. Cest un être à limage mystérieuse, héroïque, très complexe et tourmentée, qui intervient toutefois dans les histoires comme un point de repère. Bodoï: Et Morbus Gravis? P.E.Serpieri: Cest la maladie. Morbos, thème de cette saga, signifie Le Mal. Initialement, ce devait être le titre en français, mais jai préféré ce titre latin qui signifie le mal cruel, ou encore la peste.. Bodoï: Le virus du Sida venait aussi dêtre identifié... P.E.Serpieri: Oui, et il y avait sous-jacente cette idée de punition, de mal absolu et incurable, lié au plaisir et au péché, selon la définition quen a donnée léglise. Bodoï: Druuna traverse toutes ses aventures en toute intégrité! P.E.Serpieri: Oui, car elle représente la vie, qui est un thème typiquement féminin. Elle trouve toujours une solution à tout. Lhomme, lui, reste souvent coincé car il est plus fragile. Bodoï: Avez-vous été sauvé par des femmes? P.E.Serpieri: Ma vie dépend entièrement de ces créatures. Mais je ne suis pas des ces Italiens pour qui lamour démesuré de la femme ramène en fait à la mère, figure qui reste la compagne de leur vie. Je ne me fabrique pas non plus un tableau de chasse, je ne supporte pas que la femme se résume à lidée de possession ou de domination. Bodoï: Il y a presque toujours des Noirs dans vos histoires. Question de quotas ou de mensurations? P.E.Serpieri: (Rire) Non, mes blonds aussi sont assez monstrueux à ce niveau-là !... Cest pour quil y ait des personnages masculins un peu différents, un peu intriguants par rapport à lhistoire, et ce nest pas plus mal de scandaliser dans la mesure du possible. Bodoï: Quand vous dessinez Druuna X, à quoi pensez-vous? P.E.Serpieri: Je libère mes désirs profonds. Jessaie dêtre le plus honnête possible, de raconter quelque chose qui fait partie de ma réalité, de ce que je vis ou essaie de vivre, pas tous les jours, bien sûr, mais disons une fois par semaine... (rire) Bodoï: Vous travaillez sur quels formats? P.E.Serpieri: De très grands formats pour mes peintures extrêmes, mes compositions les plus complexes. Jaime les grands gestes qui construisent des formes dans lespace. Bodoï: Druuna vous oblige plutôt à travailler du poignet, si jose dire. P.E.Serpieri: Cest vrai... Bodoï: Et le poignet bloque parfois? P.E.Serpieri: Oui, alors je marrête, je pense, je fais autre chose. Ainsi, après avoir réalisé dix pages du prochain Druuna, La Planète oubliée, je me suis rendu compte que quelque chose ne collait pas. Alors, jai fait Druuna X2. Jai pris un pied extraordinaire, puis je me suis remis avec joie à la BD.... Je peux très bien arrêter de nouveau cet album dans quinze jours pour me mettre à la sculpture par exemple, et y revenir ensuite: pour moi, lillustration est à la fois nourrissante et libératoire, mais personne, il est vrai, ne moblige à rendre mon travail en temps et en heure! Bodoï: Quelles sont vos limites ? P.E.Serpieri: Je suis un perfectionniste : je ne retouche pas mon travail, je le refais. A lorigine, je nécris jamais un scénario, mais un texte conçu comme un roman. Je dessine petit à petit, puis jexécute le scénario en progressant en fonction des images. Les dialogues sont longtemps embryonnaires, je vis lhistoire, je reviens souvent en arrière. Doù ma difficulté à travailler sur un scénario dun autre! Bodoï: Quelles sont vos planches les plus achevées? P.E.Serpieri: Celles dAphrodisia sont les plus satisfaisantes, les plus proches du résultat que je voulais atteindre. Mais Créatura reste la bible de cette saga, je my replonge régulièrement. Reste que jai toujours eu beaucoup de problèmes avec les éditeurs et imprimeurs par rapport à la couleur. Ils ont parfois beaucoup dénaturé mon travail, surtout dans les deux premiers volumes parus chez Dargaud, où la couleur est très affadie. Je me suis aussi senti trahi pour des questions dimpression et de photogravure. Il y a énormément de noirs dans mes planches qui parfois deviennent grises à limpression. Cest quand même désespérant de voir une paire de fesses qui perd toute sa matière ! Pour les rééditions chez Bagheera, on a amélioré limpression à partir des films dorigine, mais à terme, il faudra tous les refaire. Je suis également exigeant pour les textes : jai déjà achevé une vingtaine de pages du prochain Druuna, mais je peux très bien les refaire entièrement après avoir achevé le dessin. Bodoï: Pour un peintre de formation, vous parlez très peu de couleur. P.E.Serpieri: Oui, car dans mes histoires de mondes en putréfaction, les ambiances sont sombres, souterraines, claustrophobes, et la couleur reste un simple accompagnement qui donne lunité. Seule Druuna doit contraster avec le monde où elle évolue, son corps sort littéralement du sombre, du noir, il en est encore plus existant. Mais quand elle se retrouve sur la plage, les couleurs éclatent. Bodoï: Il y a du graveur en vous! P.E.Serpieri: Oui, jutilise cette technique un peu comme Moebius, ou à la façon de Gustave Doré dans ses illustrations de la Divine Comédie Cest la lumière qui crée les volumes : regardez les toiles du Caravage. Mais à la base, jai toujours utilisé le pinceau, puis la plume, le crayon, le feutre, ou même le Bic. Bodoï: Vous pourriez abandonner Druuna à un autre dessinateur? P.E.Serpieri: Impossible, cest mon gros bébé, ma créature à moi. Pour Pilote il y a quelques années, des auteurs ilaliens sétaient vu proposer déchanger leurs personnages, et Sicomore avait dessiné Druuna tandis que jhéritais deTartan. Mais cétait un jeu et ça sest arrêté là. Bodoï: Et à un cinéaste? P.E.Serpieri: Ce serait très difficile, je nai jamais trouvé une actrice adéquate, ni même un éventuel Ridley Scott qui puisse assumer mes décors. On me propose simplement des petits films érotiques dont je ne veux pas. Mais je peux vous annoncer quon réalise actuellement en Italie un jeu vidéo en 3D sur Playstation avec Druuna. Cest presque du cinéma tant cest réaliste, et nous avons en projet la réalisation dun film avec cette technique là, cest-à-dire sans acteurs. Bodoï: Druuna pourrait rencontrer Lara Croft? P.E.Serpieri: Druuna est le contraire de Lara Croft, cette grande marionnette qui marche mal et na pas beaucoup de rapports avec lêtre humain, au moins sur le plan graphique. Dans mon projet en 3D, Druuna est un peu caricaturale mais réellement vivante, et très réaliste, notamment au niveau du déhanchement. Bodoï: On pose pour vous? P.E.Serpieri: Jutilise des modèles de temps en temps pour des recherches générales sur lanatomie, mais pas pour la BD. Personnellement, je fais beaucoup de photo, surtout du noir et blanc, pour repérer les ombres et lumières. Jai beaucoup photographié ma compagne mais je nai jamais exposé : il faudrait son autorisation, ce qui est loin dêtre acquis... Bodoï: Que pensez-vous des femmes de Crumb, qui sera le prochain président du festival dAngoulême? P.E.Serpieri: Il sera président ?! Euh... Cest un auteur extraordinaire... Jaime beaucoup ses femmes qui sont intéressantes, mais un peu déprimantes. Bodoï: Avez-vous été récompensé à votre juste valeur? P.E.Serpieri: Je men fiche un peu. Jai eu un prix en 82 au festival de Lucca et je me rends volontiers à Angoulême, malgré le travail sur les dédicaces qui me prennent parfois vingt minutes. Cest là que jai découvert que mon public est aussi bien masculin que féminin à 50/50 et que mes lecteurs ont entre 17 et 72 ans. Bodoï: Vous y faites des rencontres amusantes? P.E.Serpieri: Très ! Surtout dans les librairies. Une fois, à Bologne, une jeune lectrice a exigé gentiment que je lui dessine ma Druuna sur la fesse - accordé ! Ce sont les femmes qui sapproprient le mieux le personnage de Druuna. Quant aux hommes, jai encore constaté récemment, lors dune tournée des librairies dans le sud de la France, que chacun dentre eux pense vivre avec sa propre Druuna. Mais quand je demande quon me la présente, bien sûr, il ny a plus personne... Bodoï: Dans quel état desprit êtes-vous aujourdhui? P.E.Serpieri: Je me sens serein. Je voudrais travailler beaucoup plus, mais jai aussi besoin de recul et de qualité de vie : on doit pouvoir vivre ce quon veut raconter et raconter ce quon vit. Je peux avoir des conflits intérieurs, mais cest créatif, et pas question de faire du bon fantastique si on vit au fond de son studio.
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